Extrait d'Insoumises : La PAÏVA

Pour vous faire patienter avant la sortie de mon prochain bouquin "Insoumises", en voici un 6è extrait :


La PAÏVA (1819-1884)
Cocottes & compagnie

Les courtisanes, souvent originaires d’un milieu modeste, voire miséreux, refusèrent clairement l’avenir sordide qu’on leur imposait : le package mariage arrangé et enfants non désirés, ou alors une « situation » de prostituée des bas-fonds. À cette convention, elles favorisèrent un destin plus romanesque et plus élégant : femme galante entretenue grâce à ses faveurs. Nombre d’entre elles furent même des « insoumuses » notoires, puisqu’elles inspirèrent de célèbres artistes peintres, sculpteurs ou écrivains. Les cocottes s’exhibèrent sous le Second Empire (1852-1870), se perfectionnèrent à la Belle Époque (1880-1914), puis disparurent, sous cette forme, aux prémices de la Grande Guerre, en raison de la pénurie d’amants généreux.

Je vous présente les plus intéressantes, par ordre d’apparition, sous leur nom de guerre :
- La Païva, détournée en « qui paye y va »… Née dans le ghetto juif de Moscou, issue d’une famille de marchands de draps, Esther épouse à 17 ans un tailleur, enfante un garçon dans la foulée, s’ennuie, donc s’enfuit, en abandonnant mari et enfant. Arrivée à Paris pour pratiquer le plus vieux métier du monde, la jeune femme habile fréquente les lieux les plus huppés afin de parvenir à ses fins : plumer un riche protecteur. Henri Herz, pianiste illustre sera le premier pigeon qu’elle ruinera en sept ans. Enfin veuve de son mari officiel, l’éblouissante courtisane est prête à se remarier en 1851 avec le marquis Albino de Païva, qui lui offre un titre et son sobriquet. Ils se sépareront rapidement, et lui, couvert de dettes, se suicidera quelques années plus tard.
Blanche, le prénom qu’elle s’est choisi, rencontre alors le comte Guido von Donnersmarck, fou amoureux d’elle, qui l’épouse peu après le décès du précédent. De marquise, elle devient comtesse ! Il ne lui manque qu’un palais, que Guido va lui offrir : l’hôtel particulier au décor fastueux, au 25 avenue des Champs-Élysées - qui existe toujours - où elle tiendra le salon le plus couru de Paris, et qui prendra son nom : L’Hôtel Païva, persiflé en « Louvre du cul » par les classieux frères Goncourt… La reine de Paris y reçoit, en grand apparat, tous les artistes de renom de l’époque : Eugène Delacroix, Gustave Flaubert, Paul Baudry, Théophile Gauthier, Alexandre Dumas, sans oublier banquiers et économistes, dans le but de gérer seule sa fortune et gagner son indépendance. Quel chemin parcouru depuis le ghetto ! La petite Esther s’est élevée dans la hiérarchie sociale et matérielle, grâce aux hommes et à ses atouts charnels.
Malheureusement, le rêve prend fin lorsque la guerre éclate avec la Prusse en 1870, le beau Guido étant Prussien, ils doivent s’exiler en Silésie, dans le château de Neudeck. La Païva ne survivra pas à cet éloignement forcé, à cette déchéance, et y mourra en 1884, à l’âge de 64 ans. Son mari, toujours passionné, conservera son corps dans un cercueil de verre rempli d’alcool. 

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