2è extrait de mon nouveau bouquin "Mauvais garçons"

 Vidocq

(1775-1857)

Le Sanglier d’Arras

François Vidocq n’est pas qu’un héros de fiction - même si pour moi, il aura toujours les traits de Claude Brasseur. Délinquant, bagnard, puis chef de la police de Sûreté parisienne, il a traversé une tourbillonnante existence, endossant de multiples identités.

Eugène-François pousse son premier grognement à Arras (région de l’Artois, aujourd’hui Pas-de-Calais), le 24 Juillet 1775, au cours d’une nuit orageuse. De dimensions exceptionnelles, il est le fils cadet de Nicolas-Eugène Vidocq, maître boulanger et marchand de blé, et de Françoise. Parmi sa fratrie (Ghislain l’aîné, suivi d’Aimé, Joseph, Henriette et Augustine), seule la dernière survivra.

juste après le sacre de Louis XVI, il parcourra tout au long de sa vie une série d’époques troublées : la Révolution, la Terreur, le Directoire, le Consulat, Napoléon 1er, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe, la Deuxième République, et enfin, Napoléon III, refusant toujours de se mêler de politique (heureusement !)

Tout d’abord, deux ou trois choses à connaître sur notre héros, afin de mieux cerner son parcours

- François est accablé d’une énorme vulnérabilité : la naïveté, qui saupoudrera son itinéraire de trahisons éprouvées, d’amis foireux, de fréquentations déraisonnables, d’employeurs abusifs, de compagnes cupides. Il apparaît comme le dindon de la farce, plus souvent qu’à son tour. Cette faiblesse l’amène à déménager et voyager dans les Flandres, en Belgique, en Hollande, puis à Paris, dans le but de fausser compagnie à des poursuivants officiels ou véreux. Toutefois, il rentre régulièrement à Arras pour embrasser sa mère.

- Le vice qui le perdra fréquemment porte des jupons et des dehors aguichants : François est incapable de résister aux femmes… Il aura trois épouses officielles (très compréhensives), ainsi qu’une pléiade de maîtresses, de fiancées d’un soir, ou d’amantes tarifées, afin d’assouvir ses colossaux appétits sexuels.

- Aucune descendance officielle. La femme de son cœur restera sa mère, qui le soutiendra toujours.

Très jeune, son aîné Ghislain l’initie à piquer dans la caisse bien pourvue de la boulangerie familiale. Sa précocité physique lui vaut le respect de sa bande de chenapans, qui le surnomme le Vautrin, le sanglier, eu égard à sa taille impressionnante : cinq pieds, six pouces (1.80 m). Un voisin avocat, le jeune Maximilien de Robespierre, tente de le raisonner, en vain : loin de François l’idée de succéder au fournil de son père.

Celui-ci le confie à un maître duelliste, à seule fin de dompter son énergie bouillonnante. Au fleuret, puis à l’épée, le jeune homme se distingue par sa fougue et son talent : il aime les duels et les remporte ! Il fréquente alors des officiers d’infanterie, et afin de participer à leurs beuveries, dérobe des couverts en argent chez ses parents, qu’il revend à un fourgue, avant d’être rapidement alpagué par un sergent de ville. Il est envoyé dix jours aux Baudets, la maison de correction locale, inaugurant sa série d’incarcérations - dont il s’esquivera à moult reprises. Assurément, notre « roi de l’évasion » est doté d’une indéniable perspicacité doublée d’une virtuosité notoire, dans le but de s’extraire des pires difficultés et des lieux clos :

- À la Tour Saint-Pierre de Lille, il s’acoquine avec deux faussaires qui l’accuseront (à tort) de complicité, punie par huit années de bagne pour « faux en écritures publiques », d’où sa vie de fugitif ;

- Au Petit-Hôtel, toujours à Lille, son codétenu Salembier, le chef des Chauffeurs de Nord, le forme à la fabrication de fausses clés ;

- Puis à la prison de Bicêtre, proche de Paris, associée à un hospice d’aliénés, notre coquin apprend la savate (boxe française) ;

- Dans l’accueillant bagne de Brest, qu’il atteint à pied, enchaîné avec 120 forçats, pour y effectuer sa peine de travaux forcés, il fait la belle au bout de six semaines ;

- Au pénitencier de Quimper, il s’éclipse déguisé en bonne sœur à cornette ;

- Ensuite, à 24 ans, retour à Bicêtre et départ toujours à pied, pour le bagne de Toulon (histoire de changer), en compagnie d’une chiourme de 150 détenus en « sarrau gris et bonnet rouge » ; il y cohabite avec un ancien bourreau reconverti. Il s’en enfuit six mois plus tard, costumé en matelot ;

- À La Force (ancien hôtel particulier transformé en maison de détention), à Paris, pendant 17 mois, il réside en tant qu’informateur pour la préfecture...

Vidocq, étant donné son caractère rebelle et fugueur, exerça dans sa jeunesse toutes sortes d’« activités » : homme à tout faire dans un cirque itinérant, montreur de marionnettes, costumière grimée - qui lui donne le goût du déguisement - engagé dans un régiment d’infanterie à l’âge de 16 ans, où il acquiert un grade de caporal, mais dont il est renvoyé à 18 ans pour indiscipline. Puis, il enfile le tablier d’épicier, s’initie au jeu pour déraper en tricheur professionnel, réintègre un uniforme de « capitaine de hussards dans l’Armée roulante » (queue des troupes régulières, composée de marginaux profiteurs), passe la blouse d’instituteur, celle de marchand de bovins, après il essaye l’habit de matelot à bord d’un navire hollandais, embarque sur un corsaire de Dunkerque, par la suite, se familiarise à l’attaque de diligences. Pendant quelques années, il fait une pause en se reconvertissant en (honnête) boutiquier de nouveautés, d’une mercerie-bonneterie, ou de vêtements, secondé par sa mère et Annette, son amoureuse du moment. / à suivre...

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